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DocteurDr Victor HazoutChirurgie orale et implantaireParodontiste

Entretenir ses gencives autour des implants : prévenir la mucosite et la péri-implantite

Un implant ne se carie pas, mais la gencive et l'os qui l'entourent peuvent s'enflammer et se détruire, parfois plus vite qu'autour d'une dent. Les deux maladies en cause, la mucosite et la péri-implantite, sont fréquentes et largement évitables par un entretien quotidien adapté et un suivi régulier. Cet article explique ce qu'elles sont, qui est le plus exposé, quels signes doivent alerter, comment nettoyer autour d'un implant avec les brossettes, le fil et l'hydropulseur, et ce que recommandent les lignes directrices européennes de 2023.

Auteur : Docteur Victor Hazout, parodontisteTexte préparé le 3 octobre 2026 Relecture médicale : en attente de validation par le Docteur HazoutLecture : 9 min

Gencives, parodontite et lasers

En bref

  • La mucosite est une inflammation réversible de la muqueuse autour de l'implant ; la péri-implantite y ajoute une perte de l'os de soutien.
  • Dans une revue systématique, environ 43 % des patients porteurs d'implants présentaient une mucosite et 22 % une péri-implantite, avec de fortes variations selon les études.
  • Un antécédent de parodontite sévère, un mauvais contrôle de la plaque et l'absence de suivi régulier sont les facteurs de risque les plus solidement établis.
  • La recommandation européenne de 2023 insiste sur la prévention : parodontite stabilisée avant implantation, hygiène adaptée et suivi régulier.
  • Les lasers et la photothérapie dynamique ne sont pas suggérés pour traiter ces maladies.

Deux maladies, une même origine

Autour d'un implant, la gencive (on parle de muqueuse péri-implantaire) n'est pas attachée à la surface comme elle l'est à une dent : elle s'y appuie par un manchon de tissu, sans ligament. Cette différence la rend moins bien défendue face à la plaque bactérienne.

La mucosite péri-implantaire est une inflammation de cette muqueuse, sans perte d'os. Son signe principal est un saignement lorsque l'on mesure doucement la profondeur du sillon autour de l'implant. Elle est réversible : les signes d'inflammation peuvent mettre plus de trois semaines à disparaître une fois le contrôle de la plaque rétabli [1].

La péri-implantite associe cette inflammation à une perte progressive de l'os qui soutient l'implant. Selon le consensus international de 2018, sa progression est non linéaire et tend à s'accélérer, et elle semble plus rapide que celle de la parodontite [1]. Lorsqu'aucune mesure de référence n'est disponible, le diagnostic repose sur un saignement ou du pus lors de la mesure des poches, une profondeur de poche de 6 mm ou plus et un niveau osseux situé à 3 mm ou plus sous la partie la plus haute de la portion de l'implant placée dans l'os [1].

Animation pédagogique : implant planifié, mis en place dans l'os puis restauré par une couronne.

Des complications fréquentes

La revue systématique de Derks et Tomasi (2015), reprise par la recommandation européenne de 2023, estimait la prévalence à environ 43 % des patients pour la mucosite et 22 % pour la péri-implantite [2][3]. Ces chiffres doivent être lus avec prudence : les études utilisaient des définitions différentes, et l'intervalle de confiance était large (14 à 30 % pour la péri-implantite). Ils montrent néanmoins qu'il s'agit d'un problème courant, et non d'une rareté.

Qui est le plus exposé ?

Le consensus de 2018 distingue des facteurs dont le rôle est bien établi et d'autres pour lesquels les preuves restent insuffisantes [1] :

FacteurNiveau de preuve (consensus 2018)
Antécédent de parodontite sévèrePreuves solides
Mauvais contrôle de la plaquePreuves solides
Absence de suivi de maintenance régulierPreuves solides
TabacPreuves non concluantes
DiabètePreuves non concluantes

Pour le tabac et le diabète, « non concluant » ne signifie pas « sans effet » : les études divergent ou manquent. La recommandation de 2023 mentionne le tabac parmi les facteurs associés à la mucosite, et des taux de péri-implantite plus faibles chez les diabétiques bien équilibrés que chez les patients mal équilibrés [3]. Arrêter de fumer et équilibrer un diabète restent donc des mesures raisonnables. D'autres éléments comptent : la forme de la couronne, qui doit laisser passer les brossettes, et la position de l'implant [3].

Ce que recommande l'EFP en 2023 : prévenir d'abord

La recommandation européenne S3 de 2023 sur les maladies péri-implantaires consacre une large part à la prévention [3]. Parmi ses recommandations les plus fortes :

  • Avant l'implant : traiter une gingivite ou une parodontite jusqu'à la stabilité (poches de 4 mm au plus, sans saignement) et suivre un programme de maintenance avant la pose.
  • Pendant la conception : prévoir un espace suffisant entre l'implant et les dents voisines, une profondeur d'implantation adaptée et une prothèse qui permette l'accès des instruments d'hygiène.
  • Après la pose : mesurer la profondeur des poches autour de l'implant après la mise en place de la prothèse et prendre une radiographie de référence une fois le remodelage osseux terminé, puis refaire ces mesures à chaque contrôle.
  • Au quotidien : recevoir des instructions d'hygiène personnalisées.
  • Au long cours : bénéficier d'un suivi péri-implantaire régulier, même lorsque tout va bien.

La recommandation ne fixe pas d'intervalle valable pour tous les patients sains : il est adapté au risque. Une méta-analyse de 2016, fondée sur des études d'observation, invitait elle aussi à interpréter ses résultats avec prudence et à personnaliser le rythme [4]. Après le traitement d'une péri-implantite, la recommandation de 2023 suggère un suivi plus rapproché, puis adapté individuellement [3]. En pratique, le rythme est fixé au cabinet selon votre risque, et ce suivi s'intègre aux séances de maintenance parodontale, qui contrôlent dents et implants au cours de la même visite.

Les gestes quotidiens autour des implants et des bridges : brossettes, fil et hydropulseur

La plaque se dépose sur les implants comme sur les dents, et la zone la plus exposée est la jonction entre la couronne et la gencive, souvent plus difficile d'accès qu'autour d'une dent naturelle. Le nettoyage repose sur les mêmes outils, avec quelques adaptations :

  • Brosse à dents souple, manuelle ou électrique, deux fois par jour, en inclinant les poils vers la jonction entre la couronne et la gencive, sans appuyer fort.
  • Brossettes interdentaires chaque jour, de la taille adaptée à chaque espace : la brossette doit entrer avec une légère résistance, sans forcer ; une brossette trop fine ne nettoie pas, une trop grosse blesse la gencive. Un manche gainé évite le contact du métal avec l'implant. On la passe droit, en quelques allers-retours, et on la remplace dès que les poils s'écartent.
  • Fil dentaire dans les espaces trop étroits pour une brossette ; pour les bridges sur implants, un fil à embout rigide passé sous l'intermédiaire, ou une brossette coudée.
  • Hydropulseur : le jet d'eau déloge les débris et complète le nettoyage, notamment sous un bridge, mais il ne remplace pas le frottement de la brossette, seul capable de désorganiser la plaque.
  • En cas de gencive très fine ou douloureuse au brossage, en parler : un épaississement de la muqueuse peut parfois être envisagé [3].
Animation pédagogique : nettoyage entre les dents avec le fil et les brossettes interdentaires, mêmes gestes autour des implants.

Aucune marque n'est à privilégier : ce qui compte est la taille de la brossette, la régularité du geste et le contrôle, lors des séances de suivi, des zones où la plaque persiste. Les tailles adaptées à chaque espace sont indiquées au cabinet et réévaluées quand la gencive change.

Les signes qui doivent alerter

La péri-implantite est le plus souvent indolore à ses débuts, comme la parodontite. C'est pourquoi les premiers signes, discrets, méritent d'être connus :

  • gencive rouge, gonflée ou qui saigne au brossage ou au passage de la brossette autour de l'implant ;
  • mauvais goût ou mauvaise haleine persistants, écoulement de pus à la pression ;
  • gencive qui se rétracte et laisse apparaître le col métallique de l'implant ;
  • sensation de gêne ou de pression autour de l'implant, aliments qui se coincent davantage ;
  • couronne qui bouge : il s'agit souvent d'un dévissage, à distinguer d'une mobilité de l'implant lui-même, qui signe une perte d'ancrage avancée.

Consultez sans attendre le prochain rendez-vous si l'un de ces signes apparaît. Une mucosite prise à ce stade se traite simplement ; une péri-implantite dépistée tôt, par la mesure des poches et une radiographie comparée à celle de référence, se traite avec des chances de succès plus élevées qu'une forme avancée.

Quand la maladie est installée : les traitements

Mucosite. Le traitement recommandé associe un nettoyage professionnel de l'implant et de la prothèse et un contrôle de plaque efficace à la maison [3]. Un bain de bouche antiseptique de courte durée peut être envisagé. En revanche, la recommandation ne suggère pas d'ajouter un aéropolissage ou un laser diode au nettoyage professionnel, ne suggère pas la photothérapie dynamique et ne recommande pas les antibiotiques locaux ou généraux.

Péri-implantite. Le traitement commence par une phase non chirurgicale, puis, si l'inflammation et les poches persistent, une chirurgie permet de nettoyer la surface de l'implant sous contrôle visuel et, selon la forme du défaut, de reconstruire une partie de l'os [3]. La recommandation ne suggère pas l'usage des lasers, en complément ou seuls, ni celui de la photothérapie dynamique, et ne recommande pas les antibiotiques généraux en routine. Le point sur les lasers est détaillé dans l'article Lasers : que disent les preuves ?

La péri-implantite se traite, mais les résultats sont moins prévisibles que ceux d'une mucosite et la perte osseuse déjà survenue est rarement récupérée entièrement. C'est pourquoi l'effort porte avant tout sur la prévention et le dépistage précoce.

Avant et après l'implant : où cet entretien s'inscrit

La prévention commence avant la pose. Chez une personne qui a eu une parodontite, l'implant n'est envisagé qu'une fois la maladie traitée et stabilisée, et un suivi déjà en place : les conditions préalables et le parcours sont décrits sur la page Implant dentaire et chirurgie osseuse. Après la pose, l'entretien quotidien décrit ici et les séances de maintenance parodontale, au cours desquelles les implants sont mesurés, nettoyés avec des instruments qui n'abîment pas leur surface et comparés aux valeurs de référence, forment un ensemble : l'un ne remplace pas l'autre.

Au cabinet du Docteur Hazout, à Levallois-Perret, ce suivi est le même pour les implants posés sur place et pour ceux posés ailleurs ; apporter la radiographie et les mesures de référence, lorsqu'on les possède, permet de juger de l'évolution dès la première visite.

Questions fréquentes

Un implant peut-il « se carier » ou s'user ?

Non, le titane ne se carie pas. Mais l'os et la gencive qui le soutiennent peuvent être détruits par l'inflammation, ce qui peut conduire à la perte de l'implant.

J'ai eu une parodontite : puis-je avoir des implants ?

Oui, à condition que la parodontite soit traitée et stabilisée avant la pose, puis suivie régulièrement. L'antécédent de parodontite sévère reste un facteur de risque de péri-implantite, qu'il faut connaître.

À quel rythme faire contrôler mes implants ?

Il n'existe pas de rythme valable pour tous. Il dépend de vos antécédents, de votre hygiène et de l'état des tissus : il est fixé au cabinet selon votre risque, puis ajusté.

Les implants sont-ils nettoyés comme des dents pendant la maintenance ?

Avec des instruments adaptés qui n'abîment pas la surface de l'implant, et avec une mesure douce de la profondeur des poches pour suivre l'évolution par rapport à la mesure de référence.

Quelle brossette choisir pour un implant ?

Celle dont la taille correspond à l'espace : elle doit passer avec une légère résistance, sans forcer ni laisser de jeu. Un manche gainé évite le contact du métal avec l'implant. La marque importe peu ; la taille adaptée à chaque espace est indiquée lors des séances de suivi.

Références

  1. Berglundh T, Armitage G, Araujo MG, et al. Peri-implant diseases and conditions: Consensus report of workgroup 4 of the 2017 World Workshop on the Classification of Periodontal and Peri-Implant Diseases and Conditions. J Clin Periodontol. 2018;45 Suppl 20:S286-S291. DOI
  2. Derks J, Tomasi C. Peri-implant health and disease. A systematic review of current epidemiology. J Clin Periodontol. 2015;42 Suppl 16:S158-S171. DOI
  3. Herrera D, Berglundh T, Schwarz F, Chapple I, Jepsen S, Sculean A, Kebschull M, Papapanou PN, Tonetti MS, Sanz M; EFP workshop participants and methodological consultant. Prevention and treatment of peri-implant diseases-The EFP S3 level clinical practice guideline. J Clin Periodontol. 2023;50 Suppl 26:4-76. DOI
  4. Monje A, Aranda L, Diaz KT, Alarcón MA, Bagramian RA, Wang HL, Catena A. Impact of maintenance therapy for the prevention of peri-implant diseases: a systematic review and meta-analysis. J Dent Res. 2016;95(4):372-379. DOI

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